Expert : Travail non destructeur.

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Travail non destructeur dans PS.

Il est reproché à PS de permettre des modifications destructrices ; la modification change irrémédiablement les pixels sur votre image sur son calque de pixel et en cas d’erreur vous perdez les pixels originaux et ne pouvez revenir en arrière. En effet, nous faisons rarement les choses bien du premier coup et nous sommes souvent obligé de revenir sur une correction alors que « dessus » il y a déjà d’autres traitements qu’on voudrait garder ; c’est la catastrophe, il faut reprendre la photo du début et tout recommencer !

Un coup de pinceau en trop, une erreur de détourage  ou un flou trop prononcé découvert tardivement en fin de traitement, est impossible à corriger simplement si on a travaillé en destructeur.

Remonter dans l’historique ou utiliser Ctrl Z  (Ctrl ALt Z pour les versions antérieures à la version 20 ) permet seulement d’annuler les dernières opérations en remontant et ne sont plus possibles sur une image qui a été fermée puis ré ouverte.L’historique disparaît dans ce cas.

Lightroom ou Camera Raw eux, travaillent en non destructeur (les modifications sont enregistrées  dans des métadonnées et ne modifient pas les pixels).

Il existe pourtant des techniques simples dans PS permettant de travailler en non destructeur, et d’annuler une modification à postériori sans toucher aux autres modifications effectuées par dessus.

Ainsi, en utilisant ces techniques, même si nous faisons une mauvaise opération, que nous appliquons plusieurs traitements dessus, nous pouvons revenir sur la correction.

Généralement le travail est destructeur quand on modifie les pixels d’un calque. Il y a plusieurs techniques pour éviter cela.

Ces techniques non destructrices, en schématisant,  sont au nombre de 5 :

  • Les calques dynamiques. Le contenu initial du calque est toujours préservé.
  • Les calques vides distincts. Faire les modifications sur un calque vide placé au dessus préserve le calque de pixel qui est en dessous.
  • Les calques de réglages. On peut toujours revenir sur le réglage d’un calque de réglage.
  • Les masques de fusion. Ils servent à délimiter une zone mais on peut toujours les modifier à postériori (l’utilisation de la gomme est à éviter).
  • Les calques multiples. Séparer les différents traitements sur plusieurs calques permet de séparer les traitements et ainsi de revenir plus facilement sur l’un d’eux.

Nous allons voir comme utiliser ces techniques en pratique ; nous terminerons sur quelques réflexions sur l’ordre des calques et les problèmes de mémoire :

Ouverture de l’image en objet dynamique.

On rappelle qu’un objet dynamique préserve son contenu initial ; les pixels sont encapsulés dans le calque dynamique. Si vous ouvrez une image en tant qu’objet dynamique, les pixels seront toujours conservés quel que soit le traitement effectué par dessus dans PS..

Quand on ouvre directement une photo dans PS, en passant par le menu Fichier, on peut « Ouvrir en tant qu’objet Dynamique » :

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Dans Lightroom, pour passer la photo dans PS, plutôt que d’utiliser « Modifier dans Adobe Photoshop CC » utiliser : clic droit sur l’image, « Modifier dans » puis « Ouvrir en tant qu’objet dynamique dans Photoshop ». C’est intéressant en particulier pour les Raws.

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Ainsi, dans PS, la vignette du calque sera affublée dans son coin inférieur droit d’une petite icône signifiant qu’il s’agit d’un calque dynamique.

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Le contenu de ce calque dynamique est préservé ; il n’est pas possible sur ce calque dynamique de modifier directement les pixels avec le pinceau et tous les autres méthodes de Photoshop (mais il y a une autre manière de faire, voir ci dessous).

Pourtant, le contenu de cet objet dynamique peut quand même être modifié, même si il y a déjà différents calques et traitement dessus. Si vous double-cliquez sur la vignette du calque dynamique issu d’un Raw, vous ouvrez Camera Raw et vous pouvez modifier votre image Raw comme vous l’auriez fait dans Lightroom (même s’il y a des calques dessus). Quand vous enregistrez votre image dans Camera Raw , les modifications seront prises en compte dans PS, le contenu du calque dynamique est mis à jour.

Cela résout la demande qu’on certains utilisateurs : « comment revenir modifier le Raw initial ? ».

Il n’est pas toujours nécessaire d’ouvrir toutes les images en objet dynamique dans PS  (en particulier si on sait qu’on a correctement traité le Raw  et qu’on n’a pas à revenir dessus  ou s’il s’agit de JPG).

Par contre c’est une bonne habitude, si ce n’est pas un objet dynamique, de dupliquer le calque de départ (dit calque d’arrière-plan), grâce à Ctrl J,  afin qu’en cas de fausse manœuvre, vous retrouviez toujours une version propre en bas.

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En plus en cliquant sur l’œil du calque inférieur, touche ALT appuyée cela permet de revoir l’aspect initial et de faire un avant/après.

 

Modification des pixels de l’image.

L’utilisation du pinceau, des outils correcteurs, tampon, doigt, netteté, goutte d’eau entraîne une modification des pixels, du coup, si on travaille directement sur le calque de pixel où se trouve l’image, celle-ci est irrémédiablement modifiée.

Pour rendre l’utilisation de certains outils réversibles, il faut utiliser la technique du « calque vide » (nommée aussi « calque distinct ») :

On ajoute un calque au-dessus de l’image (il est transparent) et on applique la modification sur ce calque vide.

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Pour le pinceau et le calque vide, pas de problème : on peint sur le calque vide, l’effet est le même que si on peignait sur le calque de l’image mais cela ne modifie pas ce dernier. On ne modifie jamais les pixels de l’image de départ puisque les corrections sont sur un calque distinct .

En cliquant sur l’œil de ce calque dans le panneau des calques, on fait disparaître la modification ; ainsi on peut faire un avant/après.

Si on trouve son traitement affreux, on peut gommer les modifications (cela remet du transparent) ou même faire disparaître ce calque vide (et avec lui ce qu’on avait peint) , remettre un calque vide et repeindre. On peut ajouter plusieurs calques vides avec pour chacun une partie des corrections (bien les nommer « calque bouche », « calque yeux »…) Cela permet de séparer les divers traitements.

Un autre avantage est que puisque les modifications sont sur un calque distinct on peut modifier le mode de ce calque (Eclaircir par exemple pour n’agir que sur les tons plus foncés) et sur son opacité (et donc sur l’intensité du travail).

Pour le correcteur et le tampon sur un calque vide, de la même manière vous appliquerez les corrections sur le calque vide.

Mais attention ces outils échantillonnent (utilisent de la matière pour travailler) : si vous « échantillonnez sur le calque actif », comme celui-ci est transparent ces outils ne marchent pas. Les outils doivent « lire » les pixels de tous les calques (ou du moins ceux du dessous) pour déposer quelque chose sur le calque vide ; il faut donc bien penser à choisir dans la barre d’options, dans la liste déroulante Echantil.: « Tous les calques » (ou « Actif et inférieurs » si il y a par dessus des calques avec traitement qu’on ne veut pas prendre en compte).

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Idem pour les outils Doigt, Goutte d’eau, Netteté, correcteur localisé : il y a une case à cocher pour échantillonner tous les calques (il faut la cocher):

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Noter que cela échantillonne les calques visibles uniquement.

Pour ce qui est de l’outil pièce, il faut ruser : il faut utiliser « Contenu pris en compte » dans la barre d’option et cocher « Echantillonner tous les calques ». Ainsi, le calque actif étant le calque vide, on utilise l’outil pièce sans problème.

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Par contre Eponge, densité+, densité – et remplir selon le contenu ne fonctionnent que sur le calque actif ,  pas sur un calque dynamique et pas sur le calque vide ; il faut donc travailler sur le calque de l’image et ces outils sont donc destructeurs (pour « Remplir avec le contenu pris en compte » il y a un « truc » pour être non destructeur ; voir plus bas).

Je pense qu’il est préférable de faire ces corrections de pixels en début de traitement car si sur les calques supérieurs vous effectuez un traitement colorimétrique par exemple, il sera appliqué à l’image initiale et aux corrections de pixels en même temps.

On peut utiliser cette technique du calque vide sur l’image d’un objet dynamique. C’est bien pratique car sinon on ne peut pas modifier les pixels d’un objet dynamique.

Faire un réglage.

On peut effectuer des réglages (luminosité, contraste, courbes, niveau, exposition, teinte/saturation…) de deux manières :
1- Par le menu Image > Réglage, mais là la modification est effectuée sur les pixels du calque et destructrice. On n’utilisera donc pas ce menu (sauf quand on travaille sur un masque).

2- Par l’icône « Créer un calque de remplissage ou de réglages » (le cercle coupé en deux) puis en choisissant un calque de réglage. Là on travaille sur un calque de réglage, c’est non destructeur (on peut y revenir) ; c’est la bonne méthode.

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Il suffit de double-cliquer sur l’icône à droite (le soleil ci-dessus) sur la ligne du calque de réglage pour ouvrir le panneau de réglage et modifier son réglage sans toucher aux pixels du dessous.

Appliquer un filtre.

Les filtres agissent directement sur le calque et sont donc destructeurs, on ne peut donc pas modifier à posteriori le réglage du filtre. Appliquez un flou sur une image, impossible de l’augmenter ou le réduire ultérieurement.

La solution est, là aussi, d’utiliser un objet dynamique.

Dans un premier temps il faut convertir le calque de pixel en objet dynamique (menu Filtre>Convertir pour les filtres dynamiques ou clic droit sur la ligne du calque et « Convertir en objet dynamique » ).

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Ensuite, toujours par le menu filtre on peut ajouter un filtre ‘Flou gaussien’ par exemple.

Le résultat visible est une image floue mais les pixels du calque ne sont pas modifiés.

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De plus en double –cliquant sur la ligne du bas (« Flou gaussien ») on peut à postériori rouvrir le panneau du flou et modifier le réglage du filtre pour avoir plus ou moins de flou.

Cela est valable pour tous les filtres (fluidité, flou, netteté…). On se souviendra que le filtre n’agit que sur le calque actif.

Transformation ; tons foncés/tons clairs.

On peut sur les objets dynamiques réaliser des mises à l’échelle, des transformations, des rotations et des déformations non destructrices.

Transformer le calque en objet dynamique puis Ctrl T pour effectuer les transformations.

C’est puissant car si on réduit la taille d’une sélection par une transformation (il y a perte de pixels) puis qu’on agrandit (on crée des pixels), on a une perte de qualité (une pixellisation à l’extrême). Alors que sur un objet dynamique une transformation ne fait pas perdre de qualité.

Bien sur, sur un même objet dynamique on peut appliquer plusieurs filtres et une transformation.

On peut aussi appliquer le réglage des tons foncés/ tons clairs sur un objet dynamique.

On peut aussi appliquer la déformation de la marionnette et la déformation de perspective sur un calque dynamique.

Masque de fusion.

Pour isoler une partie de l’image en vue de la traiter, une fois qu’on a fait une sélection (une personne par exemple), on peut créer un calque par copie de la sélection (Ctrl J). On obtiendra un nouveau calque avec uniquement la personne. Mais c’est un calque de pixel avec des zones transparentes. C’est bien, mais on ne pourra plus modifier le contour, gare aux difficultés si on veut modifier à postériori une petite zone mal détourée.

Il peut être préférable, une fois la sélection effectuée, de créer un masque de fusion qui va simplement délimiter le personnage ; le masque pouvant être modifié, on pourra à tout moment modifier la délimitation du personnage si jamais on avait fait une sélection avec des erreurs.

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Pour isoler une personne sur un calque avec un masque, il suffit de dupliquer le calque, sélectionner la personne avec les outils de sélection puis de créer un masque de fusion : il se rajoutera au calque et ainsi la zone non sélectionnée sera noire et laissera voir ce qui est dessous.

Cela permet d’isoler la personne mais l’intérêt est que vous pouvez à tout moment à l’aide d’un pinceau noir ou blanc modifier le masque de fusion et ainsi modifier ce qui est visible sur le calque du dessus. On peut corriger un bord, rajouter ou enlever une zone.

Cela donne un droit à l’erreur dans la sélection.

Cela évite d’utiliser la gomme qui est franchement destructrice car elle efface les pixels. Il ne faut pas utiliser la gomme.

Recadrage.

Une fois que vous avez créé un rectangle de recadrage avec l’outil recadrage, par défaut, quand vous validez, le recadrage se fait et il y a perte des pixels qui étaient autour si vous avez recadré plus petit. C’est destructeur.

Décocher « Supprimer les pixels rognés » en haut dans la barre de propriété:

Ainsi, les pixels rognés sont conservés. Si ultérieurement vous réutilisez le recadrage, vous pouvez ré agrandir l’image.

Mais il est préférable de transformer l’image en objet dynamique et de recadrer, ainsi, là aussi, vous pourrez revenir sur votre recadrage. Ainsi recadrer en très petit puis de nouveau revenir à la taille normale ne pose pas de problème en matière de qualité sur un calque dynamique ; c’est la catastrophe sur un calque normal.

 

Transformer plusieurs calques en objets dynamiques.

Il est possible de sélectionner plusieurs calques et de transformer le tout en un objet dynamique. Sélection de tous les calques (Maj et clic sur chaque calque), clic droit, « Convertir en objet dynamique ».

Ainsi plusieurs calques de pixel et des calques de modification sont encapsulés dans un objet dynamique.

On peut appliquer tout un tas de traitement à cet objet dynamique. On peut dupliquer cet objet dynamique et modifier le mode de fusion par exemple.

Si on veut modifier quelque chose dans le calque de départ, il faut double-cliquer sur le calque dynamique, cela ouvre un nouvel onglet contenant le calque de départ ainsi que les calques de modifications. On effectue les modifications. Quand on referme cet onglet, il faut accepter l’enregistrement. Le calque dynamique est mis à jour.

Remplir avec le contenu pris en compte.

Je pensais que quoi qu’on fasse cette fonction était destructrice (elle consiste à sélectionner une partie de l’image puis menu Edition>Remplir ; Remplir avec : « Contenu pris en compte » ou Maj F5). elle remplit les pixels de la sélection en tenant compte de ce qu’il y a autour.

Avant la version 20 de PS (sur CS par exemple) pour être non destructeur , il fallait ruser.

Mais il y a une petite ruse pour isoler la zone du remplissage sur un calque :

Dupliquez le calque de pixel que vous voulez modifier (ou Maj Alt Ctrl E pour créer un calque résultat de tous les calques  sans faire disparaitre ces derniers).

Sélectionnez la zone à remplir sur la copie qui est au dessus, remplissez avec le contenu pris en compte.

Ne désélectionnez pas.

– Une première solution : tapez Ctrl J qui crée un calque par copier contenant uniquement ce qu’il y a dans la sélection, c’est à dire la zone qu’on vient de remplir. Effacer le calque de copie qui a servi à remplir pour conserver  le calque où il y a la modification.

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On peut terminer autrement quand le remplissage a été fait :

– On inverse la sélection (Ctrl Maj I) puis touche Suppr : le calque devient transparent sauf la zone de remplissage.

– Dernière solution : on ajoute un masque de fusion, il sera blanc sur la zone remplie.

Voila vous avez votre image et dessus un calque contenant uniquement la zone remplie.

La version 20 de Photoshop à apporté une amélioration fondamentale concernant cette fonction . Dans le menu Edition, au lieu de cliquer sur « Remplir », cliquez sur « Remplissage d’après le contenu… » :

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Outre le fait que vous pourrez choisir la zone ou PS ira chercher de la matière, vous pourrez mettre la zone remplie dans un calque indépendant, ce qui rend complètement non destructeur cette fonction.

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Il reste très peu de manœuvre ou il est impossible de travailler en non destructeur : Eponge, densité+ et densité –, outils remplacement de couleur… .

Que faire ?

Il faut éviter ces manœuvres :  faire un dodge and burn avec un calque gris (en lumière tamisée) pour éclaircir et assombrir au lieu d’utiliser les outils densité + et densité-.

Une autre solution est de créer un calque combinant l’effet de tous les calques déjà présent sans les faire disparaître (Ctrl Maj Alt E) . Cela aplatit l’image sur un nouveau calque sans effacer tous les calques . On travaillera sur ce calque « intermédiaire » en détruisant les pixels quitte à le recréer plus tard si nécessaire.

Enfin n’ayez pas peur dans tout votre traitement d’utiliser beaucoup de calques et donc un calque par zone ou fonction. Décomposez votre travail. Créer un calque vide pour corriger les yeux (et nommez le « yeux ») ; un calque pour la bouche, un pour le décolleté… ainsi il sera simple d’annuler la correction des yeux ou de rajouter un calque de réglage uniquement sur la bouche… Il faut bien veiller aussi à mettre ces calques qui corrigent les pixels au dessus du calque de base mais mettre les calques de réglages globaux au dessus ; ainsi un calque luminosité placé au dessus des autres agira sur l’image de départ et les modifications.

Bien sur, n’aplatissez pas les calques au cours du travail sinon les opérations effectuées seront irréversibles.

Problème de place.

Quand il y a de multiples calques cela peut poser des problèmes : ralentissement important sur une machine peu puissante, problème de place mémoire car les fichiers peuvent devenir énormes (et dépasser 1To parfois). Si on a une multitude de calque et qu’on est sur de ne pas avoir à revenir sur certains, on peut les aplatir pour ne garder que le résultat, puis poursuivre le travail. On peut même n’aplatir qu’une partie des calques : on rend invisible les autres  puis Ctrl Alt Maj E qui aplatit les calques visibles dans un nouveau calque , enfin on efface ces calques aplanis. On peut limiter les calques dynamiques a ce qui est vraiment nécessaire.

Le travail en 8 bits occupe moins de place.

L’enregistrement en Psd produit aussi des fichiers plus petits qu’en Tiff ; si on a un disque un peu juste...

 

Philippe LASSERRE octobre 2018.

Pour marque-pages : Permaliens.

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