Chaîne de gestion de la couleur, calibrage d’écran.

Dans le Flux de gestion de la couleur nous voyons ici l’écran.

Si votre écran n’affiche pas exactement les bonnes couleurs:

  • Vous ne verrez pas les mêmes couleurs que celles de la scène photographiée
  • Vos réglages de colorimétrie seront faux.
  • En fonction des écrans, les couleurs seront différentes.
  • A l’impression vous n’obtiendrez pas les mêmes couleurs.

Un exemple réel (fourni par un membre de notre groupe): deux écrans haut de gamme sortis de la boite ; copies d’écran avant et après calibration :

calibrage_avant_apres

On se rend compte qu’avant calibration les deux écrans n’affichent pas les mêmes couleurs et qu’aucun n’affiche les bonnes couleurs. Après calibration ils affichent tous les deux les mêmes couleurs.

Beaucoup  d’écrans sortis d’usine sont correctement calibrés mais pas tous (même les écrans haut de gamme) et on ne le sait pas. Donc, même si de manière générale l’écran est correct quand vous le recevez, il existe un petit nombre de cas ou il n’affiche pas les bonnes couleurs ; et souvent pas la bonne luminosité (là c’est fréquent).

Le seul moyen de voir les vraies couleurs à l’écran (et avoir la bonne luminosité)  est de calibrer son écran avec une sonde. Les méthodes sans sondes de calibration ne sont pas valables.

Un préalable : Achetez un écran avec une dalle  IPS ou OLED : Sur une dalle non IPS ou OLED (une dalle NT ou VA) l’angle de vision est très étroit : si les yeux se décalent légèrement de coté par rapport à l’écran, la luminosité et les couleurs perçues changent ce qui est catastrophique  pour le travail. Sur un écran IPS ou OLED l’angle de vision correct est large : si vous vous décalez sur le coté l’image sera parfaite. De plus en plus de portables ont des écrans IPS. Sur les écrans OLED en plus contraste et rendu des couleurs sont encore meilleurs.

Et si vraiment vous n’avez pas de sonde :

Le calibrage logiciel, sans sonde, proposé par Windows n’est qu’une évaluation imprécise.

Depuis quelques année ( 2015 ?), les écrans en sortie d’usine sont pas trop mal réglés sur le plan couleur , il faut juste réinitialiser les réglages , mettre la température de couleur à 6500 K. Par contre ils sont trop lumineux. Il faudra donc malgré tout régler la luminosité. Sans sonde on peut la régler au « pif » cette luminosité : Si sur les caractéristiques constructeur l’écran à une luminosité maximum de 300 cd/m2 , et bien pour la mettre à 100 cd/m2 on règle sur l’écran la luminosité à 30%.

Avec les anciens écrans, surtout s’ils sont moyens, il faut absolument les calibrer.

 

Certains moniteurs sont livrés avec un profil pour l’écran, c’est mieux que rien mais c’est un profil générique et ce n’est probablement pas le profil exact de votre écran.

Il faut donc mieux acheter une sonde, la louer ou l’emprunter.

La meilleure sonde ? X-Rite – i1 Display Pro ? 215 € environ

Sonde-display Pro

Certains écrans haut de gamme ont une sonde intégrée à l’écran et un logiciel interne qui calibre.

Il y a deux sortes de sonde de calibration :

-Les colorimètres ; ils possèdent des filtres de couleur (en gel ou en verre, c’est mieux). Ils sont moins chères mais on ne peut calibrer que les écrans.sonde_spyder

-Les spectrophotomètres : un prisme dévie les rayons lumineux vers plusieurs capteurs. Cette sonde , plus chère, permet de calibrer aussi les imprimantes. La sonde ne se dégrade pas avec le temps comme une gélatine.

sonde_xrite

Le logiciel : celui-ci affiche des couleurs sur l’écran qui sont analysées par la sonde posée sur l’écran.

Calibration2

Réglez luminosité et contraste avec des valeurs moyennes avant le calibrage. Déconnectez la luminosité automatique (sur les Mac). Durant le calibrage vous modifierez probablement la luminosité mais après calibrage il ne faudra plus toucher aux réglages des boutons.

Le calibrage se fait avec le logiciel fourni avec la sonde ; j’utilise « i1 studio » de X-rite.  il y a aussi des logiciels tiers parfois gratuit (DisplayCal par exemple) qui font un excellent calibrage. L’installation de DisplayCal pour certaines sondes et certaines configurations est complexe et il faut aller « trifouiller » le système malheureusement ; ce qui peut être délicat..

Le calibrage se fait en deux phrases : Étalonnage et caractérisation.

1- L’étalonnage de l’écran avec réglage de la luminosité, du contraste de la température de couleur.

Pour la luminosité, la plupart des auteurs conseillent une luminosité entre 80 à 120 cd/m2.

Si vous travaillez uniquement pour le web, les gens ont des écrans très (trop) lumineux, vous choisirez la valeur 120 cd/m2 pour avoir vous aussi une luminosité pas trop basse ; ainsi vos photos seront vus avec une luminosité correcte chez les autres.

Si vous imprimez et voulez avoir une idée de la luminosité de vos tirages (et utiliser des profils d’épreuvage), il vaut mieux régler la luminosité entre 80 et 100 cd/m2. Cela vous semblera sombre au début sur l’écran mais on s’habitue très vite. La luminosité de vos photos imprimées sera proche de celle de l’écran (je dis ‘proche’ car jamais le papier ne sera aussi lumineux que l’écran).

Si votre écran est trop lumineux vous baisserez la luminosité de l’image pour qu’elle soit correcte à l’écran. Du coup la photo imprimée sera sombre ; une habitude ancienne était d’éclaircir la photo avant impression ; Si votre écran est calibré à 80 ou 90 cd/m2 donc pas trop lumineux, vos photos imprimées seront correctes sans avoir à les éclaircir.

Moi j’ai mon écran de portable à 120cd/m2 (bien adapté au web) et mon écran externe de retouche à 90 cd/m2 (permettant de voir correctement ce qui sera imprimé). Si vous n’imprimez pas et postez vos photos uniquement pour le web vous pouvez régler votre écran à 120 cd/m2. 

Si vous imprimez de temps en temps il est possible de faire 2 profils de calibrage (un à 120 et un à 90), et de regarder nos photos juste avant de les imprimer avec le profil à 90 cd/m2.

Après calibration l’écran sera moins lumineux, avec des couleurs plus chaudes. Tout de suite après la calibration cela vous semblera triste et pas bien beau mais vous vous habituerez très vite à ces couleurs justes. Quand vous verrez la différence avant/après calibration vous comprendrez la nécessité de la calibration.

Bien sur, il ne faut pas toucher les réglages manuels de l’écran (luminosité, contraste..) après le calibrage sinon l’écran n’est plus calibré.

Parfois le logiciel de calibration vous demande de choisir le type de dalle à calibrer (CCFL, diode blanche, diode RGB…) ; cela n’est pas toujours facile ; il faut rechercher dans la documentation de l’écran et sur certains sites comme celui d’Arnaud Frich..

Il vous sera demandé :

Le gamma, correspondant (pour simplifier) au contraste ; on le réglera à 2.2.

Vous pouvez choisir la température de couleur de l’écran (chaude ou froide).

La température de couleur de l’écran proposée par certains photographes ou certains sondes anciennes est 6500 degré K (D65) c’est le blanc de la lumière du midi.

En prépresse par contre (les imprimeurs) utilisent 5000 K soit D50 qui est beaucoup plus chaud donc jaune (c’est une norme et dans leur cabine de visionnage, ils utilisent des lampes à cette température de couleur). Cette valeur est même proposée par Saal Digital ou Art Photo Lab pour régler son écran.

Que choisir 5000K ou 6500K ? Comprendre que si vous réglez l’écran à 5000K l’écran sera un peu jaune, du coup vous corrigerez cette composante jaune et vos impressions seront un peu bleues ; à l’inverse, si vous réglez l’écran à 6500K l’écran sera un peu froid du coup vous aurez les impressions un peu jaune. Faut-il suivre les suggestions de l’imprimeur ou du photographe pour avoir le bon rendu d’impression ?

On ne peut pas savoir quelle sera la température de couleur de la lumière ambiante quand vous regarderez les photos imprimées… Il y a de moins en moins de lampe tungstène et de plus en plus de lampe basse consommation plutôt froide. Cette température de couleur a sans doute peu d’importance ; sauf peut-être dans le cas d’une exposition où vous choisirez la température de couleur des lampes qui éclairent vos œuvres (mais vous ne choisirez pas de toute façon un éclairage à 5000K très jaune).

Je serais tenté de conseiller 6500K (D65) pour un photographe. 

A. Frich conseille de ne pas activer la mesure de la lumière ambiante lors de la calibration(ou le faire éventuellement si l’écran est toujours utilisé dans  le même environnement lumineux).

Les profils générés ont certaines normes. Si cela est demandé utiliser la norme ICC V2 et pas la V4. La V4 n’est pas supportée par tous les logiciels (une norme v5  nommée IccMax est en cours de développement).

2- La caractérisation des couleurs .

Le logiciel de calibration  affiche une série d’écran de couleur (ayant une valeur RGB connus) et la sonde posée sur l’écran enregistre la couleur réellement affichée afin de définir le comportement colorimétrique. 

Le comportement colorimétrique de la carte est enregistré dans une table Video LUT ; cette table indique pour chaque couleur envoyée à l’écran, quelle couleur est réellement affichée. Au démarrage de l’ordinateur, la table LUT est chargée dans la carte graphique et cela permet de corriger les couleurs et d’afficher les bonnes couleurs.

Il existe pour certains logiciels une dernière étape de contrôle du calibrage dite ‘ assurance qualité’ permettant de quantifier la qualité de la caractérisation (on compare les couleurs corrigées que devraient afficher l’écran après calibration et les couleurs affichées) ; le ΔE s’il est bas indique une bonne qualité de calibration. (avec les anciennes normes ISO il fallait < 5 mais il était conseillé < 2  ; depuis 2010 il faut <2 mais il est conseillé <1 )  .

Comme on l’a déjà dit le profil crée par la calibration est automatiquement appliqué à l’écran par Windows.

Ce profil est utilisé UNIQUEMENT pour l’écran, c’est donc dans le panneau de la gestion des couleurs de Windows qu’on le retrouvera. En aucun cas il ne faut l’utiliser comme espace de travail dans PS.

L’écran est sans doute le maillon faible du flux de gestion de la couleur ; l’appareil photo et les imprimantes faisant bien mieux. Cela n’est pas une raison pour dégrader l’image à cause d’une mauvaise visualisation. C’est bien de conserver de riches couleurs même si on ne les voit pas toutes à l’écran, on les verra sur le papier (et peut-être sur un écran large gamut affichant l’espace Adobe RGB ou un futur écran bien plus performant).

Il ne faut pas tomber dans la paranoïa mais se souvenir quand même que la luminosité de la pièce, la couleur de la lumière ambiante et les couleurs autour de l’écran(la table , les murs) modifieront la perception des couleurs et luminosité de l’écran quand vous travaillerez dessus. Aussi il faut quand même éviter de mettre l’écran à coté d’une fenêtre trop ensoleillée, mettre une grosse lampe jaune tantôt éteinte tantôt allumée ou des murs rouges vifs.

On rappelle que les écrans moyens affichent un gamut (l’ensemble des couleurs) correspondant à sRGB et en plus en 8 bits par couche ; les écrans haut de gamme (large gamut ; Wild gamut) affichent en gros l’espace Adobe RGB et les meilleurs fonctionnent en 10 bits/couche (la carte graphique doit le gérer). Certains écrans haut de gamme ont une calibration intégrée à l’écran.

Si on calibre un mauvais écran cela n’en fera pas un bon écran mais, pour les couleurs qu’il affiche, elles seront toujours moins fausses si l’écran est calibré. Pour un bon écran, non calibré il peut afficher de fausses couleurs (même en sortie d’usine). Donc bon ou mauvais écran il faut toujours le calibrer. 

AmpouleAllons un peu plus loin.

Pour voir les couleurs vraies sur un ordinateur :

  • L’écran doit être calibré,
  • Le logiciel qui affiche doit tenir compte du profil incorporé.
  • Il doit y avoir un profil dans la photo.

– Jusqu’à il y a quelques années, beaucoup de navigateurs de logiciels ou de tablettes ne géraient pas les profils couleur des images. C’est pour cela qu’on conseillait d’exporter ses photos en sRGB car ces appareils ou logiciels affichaient par défaut à peu près correctement le sRGB. Les écrans standards affichaient donc un gamut sRGB et tout allait bien.

Si par contre, on affichait une photo au profil Adobe RGB dans un navigateur ne gérant pas les profils, les couleurs étaient mal interprétées et l’image apparaissait pâlotte et dé saturée.

– Puis il y a eu les écrans larges gamut (WildGamut) qui affichaient un gamut correspondant à l’Adobe RGB. Certaines images du web pouvaient apparaître très saturées et flashy sur certains logiciels et navigateurs ne gérant pas les profils. Il semble que certains utilisateurs toujours sur Windows 7 aient encore ce problème.

En 2019, pratiquement tous les navigateurs, mêmes ceux des smartphones gèrent les profils et la couleur des images affichées est correcte quelque soit le profil de couleur de l’image en particulier sous Windows 10. Certains smartphones afficherait correctement sRGB et Adobe RGB mais pas Prophoto RVB.  Mais attention, un vieux logiciel viewer sur Windows 7 peut ne pas gérer les profils et entraîner des problèmes de couleurs. Attention aussi aux logiciels viewer qui comme XNview ou Faststone, par exemple, ont besoin d’un paramétrage pour prendre en compte les profils.

En résumé, beaucoup de logiciels d’ordinateurs gèrent bien les espaces de couleur en 2018, contrairement à ce qu’il est dit sur le web : LR, PS… à l’évidence mais aussi la visionneuse par défaut de Windows10 (Photos) et la plupart des navigateurs (même tous je crois) ; les choses se sont bien améliorées). Mais pas « Paint » par exemple.

Tout cela est valable pour Windows car sur Mac c’est le système d’exploitation lui-même qui gère les espaces de couleurs et donc il n’y a pas de problème.

Sur Windows, même si les logiciels gèrent les espaces de couleur, le rendu des couleurs est plus ou moins bon. Si PS, LR, Bridge, Firefox affichent les bonnes couleurs, les viewers (Photos, XnView, Faststone) affichent moins bien les couleurs bien qu’ils tiennent compte des profils.

En conclusion , on le répète : pour voir les bonnes couleurs à l’écran il faut :

Un écran calibré ET une gestion correcte des espaces de couleur par les logiciels (sur Windows10 avec de slogiciels récents = pas de problème).

Pour aider le plus grand nombre à voir les bonnes couleurs, la règle était d’exporter en sRGB , ainsi les vieux viewer sur Windows 7 afficheront correctement les couleurs.

Et les écrans Mac et iMac ?bizare

Ils sont très beaux mais avaient mauvaise réputation.

En fait depuis 2011 ils sont facilement calibrables.

Ils avaient une dalle IPS (ce qui est bien), mais maintenant (2020) les écrans très récents (iMac Retina, iMac Pro) sont excellents avec un gamut bien particulier (DCI P3) mais toujours une dalle un peu brillante. Le gamut DCI P3 est légèrement inférieur à l’espace Adobe RGB et probablement plus adapté à la vidéo qu’à la photo.

Après calibration (avec une sonde X-rite) ils sont très bien.

Il est impératif de décocher le réglage de la luminosité automatique avant calibrage.

Je n’en dirais pas plus, je n’ai pas de Mac.

 

Une notion classique est de calibrer tous les 2 mois. Si les écrans cathodiques se déréglaient rapidement, les écrans plats semblent assez stables ; une calibration tous les 6 mois parait suffisant, mais à faire plus souvent quand l’écran a quelques années. Ces réflexions viennent des constatations des adhérents de notre groupe (Je viens de voir une vidéo du spécialiste A. Frich qui dit lui aussi que tous les 6 mois c’est suffisant)..

Pour approfondir et avoir des détails sur les meilleurs écrans, les meilleurs sondes et le calibrage, voir l’excellent site sur la gestion de la couleur de Arnaud Frich.

Comment voir le nom du profil appliqué à l’écran ?

Il faut rechercher « gestion couleur » dans la zone de recherche de Windows en bas à droite, puis cliquer sur la ligne « Gestion des couleurs » dans les résultats.

Dans le panneau gestion des couleurs, pour chaque périphérique (pour l’écran1 dans l’image ci-dessus), il est indiqué le profil par défaut, celui en cours. Si on a calibré l’écran c’est le profil du calibrage qui est en cours. 

Sinon dans Ps et le panneau couleurs, si on déroule « espace de travail » .RVB, il y a une ligne « Moniteur » qui indique le profil utilisé par l’écran.

Si on utilise deux écrans, sur Windows, il est généralement possible de calibrer successivement chacun d’eux. Il y a un tutoriel traitant de ce problème  Ici.

 

Suite.

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