Approfondir : le noir et blanc.

Nous verrons :

  • Des généralités sur le N&B.
  • La conversion des couleurs en N&B.
  • Le travail sur les tons en N&B.
  • Les effets créatifs en N&B.
  • L’application de rendus en particulier ceux des films argentiques.
  • Un exemple : le N&B d’Ansel Adams et le zone system (en cours d’écriture).

1- Généralités.

On parle de photos noir et blanc par rapport à la photo couleur mais si on veut être puriste une photo noir et blanc ne contient que du noir et blanc.

Voici une photo noir et blanc uniquement :nab8.JPG

 

Il faudrait parler de photo en niveau de gris pour nos photos sans couleur.

Voici une photo niveaux de gris : 58 Niveaux pour contraster la couche

On parlera tout de même de noir et blanc (N&B) pour ces photos en niveaux de gris car c’est l’usage.

 

Une image numérique en mode RVB et qui est en  N&B contient du blanc (R=255, V=255, B=255), du noir (R=0, V=0, B=0) et des gris (R=V=B).

 

Le noir et blanc n’existe pas dans la nature,  il y a juste eu une période, au début de la photographie,  ou il n’y avait que des photos N&B, les photos couleurs n’étant pas encore inventées.

Donc une photo  noir et blanc sera toujours une interprétation puisque le N&B n’existant pas hors photographie, il n’y a aucune référence du réel.

La seule chose qu’on trouve dans la nature est que pour les humains , la vision périphérique est en noir et blanc et permet de voir quand il y a peu de lumière alors que la vision centrale est en couleur. Voici ci-dessous, la vision réelle d’un œil (il y a déplacement de l’œil dans toute la scène puis le cerveau  reconstitue l’ensemble de l’image pour qu’on voit toute la scène en couleur).

nab7.JPG

Mais en pratique, donc, on ne voit qu’en couleur.

 

Pourquoi aimons nous le noir et blanc alors ?

Si l’œil est attirer par quelque chose, il néglige d’autres données  : au cinéma nous allons être attiré par le mouvement l’action et nous ne verrons pas des défauts de cadrage de flou qui nous choqueraient sur une photo de la même scène.

Dans une photo couleur, l’œil est attiré par les couleurs négligeant parfois d’autres données de la photo comme la texture, les contrastes.

La couleur peut être une distraction.

Sur une photo noir et blanc l’œil s’arrêtera donc  plus sur les textures , les contrastes. Cela explique que certaines images contenant de la texture et des contrastes subtiles seront plus aptes pour faire un beau n&b.

Il y a sans doute aussi une part du gout du noir et blanc qui est acquise et culturelle.  Cela vient du rendu des photos anciennes que nous apprécions bien, de la nostalgie liée à cette époque , de l’effet vintage que nous aimons bien.  Car n’oublions pas que la photo a débuté par le noir et blanc et que les gens ont été habitué à voir des photos en  noir et blanc bien avant de voir des photos en couleur. Le noir et blanc est donc maintenant un choix artistique. Le fait de trouver le N&B plus « authentique » bien que ressenti est une bizarrerie car le N&B ne peut pas être authentique puisqu’en dehors de la photo N&B il n’existe pas.

Quelles photos donneront de beaux noir et blancs ?

Certaines choses s’accordent bien avec le noir et blanc :

  • Les textures,
  • Les contrastes forts, zones très noires et très blanches,
  • Les formes, les lignes,
  • Les motifs,
  • Les reflets,
  • Les temps gris, la pluie pour certains,
  • Une lumière dure,
  • Les silhouettes contrastées, le contre jour,
  • Les valeurs extrêmes , très blanc, très noir et même le cramé ou le bouché passent,
  • Les clairs obscurs,
  • Le high Key, le low key,
  • Le HDR,
  • Une photo ou la couleur est primordiale et le principal sujet n’est pas candidate au N&B.

Faut-il photographier en N&B ou en couleur pour faire du N&B ?

  • En Raw : le Raw est obligatoirement en couleur. On passera donc la photo en N&B en post traitement. Certains font du Raw+Jpg  sur leur boitier s’il le permet ; ce qui permet de voir le rendu n&b sur l’écran du boitier durant le shoot. Certains boitiers permettent de voir du N&B sur l’écran en shootant en Raw.  Enfin il y a quelques rares appareils qui font des Raw en N&B (Leica).

 

  • En JPG : On peut :

– shooter en N&B sur le boitier ; ce n’est pas recommandé car  c’est l’appareil fait un passage en N&B avec ses algorithmes et on n’est pas maitre du rendu du N&B.

-Shooter en couleur et passer en N&B en post traitement. C’est bien mieux : on gère soi même la conversion.

Pour ce passage vers le noir et blanc (et les traitements de tonalité), il est théoriquement préférable de le faire sur le Raw (donc dans LR ou dans Camera Raw si vous ouvrez l’image directement dans PS). En effet il y a sur un Raw une latitude largement plus importante dans les traitements. Pour ma part, ayant un flux Lightroom>Photoshop je traite le passage en N&B et le travail sur les tonalités  dans Lightroom sur le Raw donc (identique à Camera Raw quand on ouvre le Raw dans PS).

2- Passage de la couleur au noir et blanc.

2.1- Principes.

La scène photographie est en couleur.

Sur un film argentique noir et blanc , chaque couleur va produire grâce à la chimie un blanc un noir ou un gris plus ou moins foncé. Un film va être plus ou moins sensible au bleu, au vert.. Chaque type de film noir et blanc aura son propre rendu et sa propre interprétation des couleurs.  Tel film donnera des bleus plus foncés, un contraste particulier. Cela peut être modifié à la prise de vue avec des filtres colorés (qui éclaircissent les couleurs correspondant à celle du filtre et assombrissent la complémentaire). Le choix du rendu du noir et blanc se fera par le choix du film, des filtres (et probablement par les choix de développement).

nab10.JPG

 

En numérique, il y a deux manières principales de passer de la couleur au noir et blanc.

  • Conserver la composante de luminosité (la luminance et ne pas tenir compte de la chrominance) .
  • Décider pour chaque couleur quelle sera la luminosité correspondante en noir et blanc.

On verra que les différents rendus viennent du fait qu’il y a différentes sortes de « luminance » ou luminosité en fonction des méthodes.

Voyons ce drapeau en couleur à gauche ; si on conserve la luminance uniquement en réduisant la saturation (drapeau du milieu) on obtient un gris assez proche pour le bleu et le rouge  ; si on décide que le rouge doit donner un gris plus clair (photo de droite) cela entraine une différence de gris et modifie la lecture : on lira plus facilement que c’est un drapeau bleu, blanc, rouge.

drapeau1

Culturellement parlant, il y a quand même des règles pour que la lecture du n&b soit plus facile :

  • le jaune donnera un gris très clair,
  • le vert donneront du gris foncé, mais le gris venant du bleu est plus foncé .
  • pour le rouge difficile de dire le gris que cela donnera.

 

Mais rien n’est fixé et il n’y a aucune règle  scientifique ou artistique permettant de dire que telle couleur donnera tel gris .

Je le répète, la conversion n&b n’est qu’interprétation et choix.

Un autre exemple , voici une photo en couleur :

nab27.JPG

Si on la passe en N&B on obtient celle -ci : le mauve et le rouge ont été , par défaut convertis en niveau de gris équivalent, la photo perd de l’impact :

nab28.JPG

 

Le fait de d’éclaircir le gris correspondant au rouge permet de redonner la notion que la porte et le store ne sont pas de la même couleur.

nab29.JPG

La photo est bien différente ; le fait d’éclaircir ce qui était en rouge est un choix : on aurait pu faire un autre choix, il n’y a pas de règles.

 

Concernant la conversion automatique des logiciels, elle peut convenir dans certains cas, ou pas. C’est le logiciel ou l’appareil photo qui décide.

Le choix de la méthode de conversion influencera donc beaucoup le rendu du noir et blanc.

 

En introduction des méthodes de conversion, disons le d’emblée, s’il n’y a que trois méthodes principales à retenir cela sera :

  • La désaturation des couleurs.
  • Le calque gris en mode couleur.
  • L’utilisation du calque noir et blanc avec le mélangeur de couche.et blanc avec son mélangeur de couche (et encore mieux, sont équivalent dans Camera Raw) .

Certaines autres méthodes sont à proscrire (il faut bien expliquer pourquoi) , d’autres ont leurs adeptes ou une certaine originalité.

 

2.1- Désaturation des couleurs.

Elle consiste à mettre le curseur de saturation à son minimum.

Je considérais cette méthode comme peu intéressante  mais elle est utilisée par des photographes réputés avec de bons résultats (Sébastien Roignant sur le groupe f/1.4 a fait des tutos sur cette méthode). Notons d’emblée la nécessité de travailler les tons (hautes lumière, ombre, point blanc, point noir…) sous peine d’avoir un résultat gris.

Sur PS : Utiliser un calque de réglage « Teinte/saturation » et mettre la saturation à -100.

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Le résultat est souvent grisâtre.

Dans  camera Raw (ou Lightroom) dans le panneau des réglages de base baisser la saturation à -100%.

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Comme le résultat est grisâtre il faut ‘absolument’ travailler les tons et modifier les hautes, basses lumières, le point blanc, le point noir,  redonner  du contraste et du pep’s à la photo (on verra cela plus bas).

Certains insistent sur le fait qu’il faut aussi mettre la vibrance à -100.

 

2.2 – Ajouter un calque de gris (ou noir ou blanc) en mode de fusion couleur.

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Le mode couleur conserve la luminosité du calque du dessous (et les couleurs du calque supérieur). Si le calque supérieur est blanc , noir ou gris, on obtient bien un résultat en N&B avec bonne conservation des sensations de nuances de gris.

Une méthode qu’on retrouve sur certaines vidéos avec un calque de réglage courbe en mode couleur est totalement équivalente au calque gris en mode couleur :

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L’auteur propose d’ajouter un calque de réglage courbe (1) , de baisser le point supérieur droit dans le coin inférieur droit (3) et de le passer en mode couleur. C’est bien compliqué pour obtenir un calque noir en mode couleur. Le résultat est strictement le même avec un calque noir , blanc ou gris en mode couleur.

 

2.3-– Passer en mode Lab puis dans le panneau couche ne conserver que la couche luminosité.

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On dénature l’image avec cette conversion, la conversion en mode Lab n’est pas anodine. C’est compliqué.

 

2.4– Passer dans le panneau couches (en mode RVB par exemple ou dans un autre mode)  et ne conserver qu’une couche R, V ou B.

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Cela modifie radicalement le rendu, regardez l’herbe. Pas de possibilité d’agir sur le conversion.

 

Avec ces méthodes on obtient effectivement un N&B un peu grisâtre mais avec un rendu différent en fonction de la méthode, rendu qui n’est pas modifiable.

2.5- Utiliser le mélangeur de couches RVB de PS.

Cette méthode est peu utilisée maintenant, d’autres méthodes étant bien plus performantes. Je la décris pour votre ‘culture’ et parce qu’elle permet d’obtenir certains rendus.

On va pouvoir modifier le rendu N&B en modifiant le gris pour chaque composantes R,V, B de l’image. Cela est moins intuitif que la méthode du calque n&b.

Dans PS , ajouter un calque de réglage Mélangeur de couches.

Il faut cocher la case Monochrome.

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La liste ‘couche de sortie’ devient « gris ».

PS règle lui même les curseurs R,V, B au départ à +40, +40,+20.

A l’aide des curseurs, on peut décider que le rouge, donnera un gris plus ou moins foncé. Idem pour le vert ou le bleu.

Bien comprendre que si on modifie la composante bleu, il faut l’entendre au sens RVB : le bleu sera modifié mais aussi le violet qui contient du bleu et du rouge.

Si on veut assombrir le ciel par exemple, on peut glisser le curseur bleu vers la gauche.

En bas du panneau est indiqué le total des 3 couches :

nab4.JPG

S’il dépasse 100%, un panneau d’avertissement le signale. Si le total dépasse 100% l’image sera plus claire ; s’il est inférieur à 100% l’image sera plus foncée.

On peut simuler  le rendu qu’on aurait eu en utilisant, un film argentique particulier ; il suffit de donner des valeurs RVB correspondantes aux films :

Agfa 200x   18-41-41

Agfa Pan 25 25-39-36

Ilfort HP5 23-37-40

Kodak Tri X 35-35-40

Il existe aussi des traitements particuliers comme celui permettant de simuler le rendu Ansel Adams  (+140, +160, -200) ; voir en fin de page.

Il faut reconnaitre que le calque de réglage noir et blanc est bien plus souple pour le passage en noir et blanc et que pour les simulations de film il y a des méthodes bien plus pratiques.

2.6- Utiliser le calque de réglage noir et blanc.

C’est la méthode reine ; la plus souple, la plus puissante ; ma préférée.

Le calque de réglage N&B utilise aussi un mélangeur de couche mais ici on ne va pas agir sur les couches RVB mais sur de nombreuses couleurs ce qui est plus naturel et intuitif.  C’est plus intuitif car pour éclaircir le jaune on modifie directement le curseur jaune. En effet on contrôle pour chaque couleur la conversion en gris.

De plus, non seulement, on peut déterminer ce que chaque couleur donne comme gris mais aussi on peut travailler sur les tonalités (contraste, blanc, noir, ombre, hautes lumière, point blanc, point noir). La méthode utilisant la désaturation permet de travailler sur les tonalités mais pas sur les couleurs.

Dans PS l faut ajouter un calque de réglage noir et blanc (icône icone_calquerg puis dans la liste « Noir et blanc… ») et là c’est la voie royale car nous avons un mélangeur de couches.

nab18.JPG

 

Nous pouvons décider pour six couleurs différentes quel gris chacune donnera en n&b. Un jaune en couleur donnera t-il un gris très clair un gris foncé ? C’est nous qui décidons uniquement sur des considérations artistiques. Nous pouvons, par exemple, noircir les bleus pour assombrir un ciel, j’aime bien.

mélangeur de couche

Il est possible en cliquant sur l’icône nab5.JPG puis dans l’image et en déplaçant le curseur vers la droite ou la gauche d’éclaircir ou d’assombrir la couleur correspondant à l’endroit où on a cliqué.

En déroulant la liste « Paramètres prédéfinis », PS vous propose des rendus n&b (simulation de filtres colorés par exemple).nab6.JPG

Vous vous souvenez qu’en N&B un filtre coloré éclaircit le gris correspondant à la couleur du filtre et obscurcit le gris correspondant à la couleur complémentaire. Comme en argentique. Un filtre rouge, par exemple, va éclaircir le gris correspondant au rouge et noircir le gris correspondant au bleu.

La case à cocher « Teinte » permet de donner une teinte à la photo N&B (pour faire un sépia par exemple).

Vous pouvez enregistrer vos propres rendus sous forme de paramètres prédéfinis  en passant par le menu du panneau en haut à droite.

Pour faire du noir et blanc dans Camera Raw (le plug in ou le filtre) et pouvoir utiliser le mélangeur de couches ,  il faut cliquer sur le radio bouton « Noir et Blanc » dans l’onglet réglage de base :

n&b1.JPG

Le profil devient « Monochrome » dans la liste des profils.

L’onglet mélange noir et blanc donne accès au mélangeur de couches.

Mais s’il y a 6 curseurs de couleur  dans le calque de réglage  n&b de PS, il y en a  huit dans Camera Raw .

nab2

C’est bien pratique d’avoir un curseur orange pour modifier le gris correspondant à la peau par exemple.

Scott Kelby le gourou américain de Photoshop disait en 2013  que le passage en noir et blanc était plus efficace dans Camera Raw. Je ne sais pas si c’est toujours vrai ; ce qui est sur c’est qu’il y a plus de curseurs de couleur dans Camera Raw. D’autres part rappelons qu’on a intérêt à faire la conversion en N&B et les corrections de tonalité sur le Raw (plutôt que sur le Tiff ,  le Psd ou le Jpg) donc dans Lightroom ou Camera Raw .

3 exemples sur l’intérêt du réglage de la conversion des  couleurs :

-Modifier le curseur orange (dans  Camera Raw ou LR) permet d’éclaircir la peau d’un portrait ; dans PS il faut modifier le rouge et le jaune. Cela améliore considérablement le rendu de la peau.

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-Voyons cette photo de maison avec ces fleurs, en couleur à gauche ; au centre il y a eu conversion en N&B : les fleurs qui étaient rouges et qui ressortaient bien en couleur sont complétement indissociables du feuillage dans le N&B.  On peut, avec le mélangeur de couche, éclaircir considérablement le rouge et ainsi faire réapparaitre les fleurs en blanc. C’est un choix.

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-Sur un paysage où il y a des bleus et des verts (eau et verdure) le N&B initialement très plat ( à gauche) peut être considérablement amélioré en jouant sur les curseurs bleu et vert (photo de droite).

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On a assombri les bleus (l’eau , le ciel faisant ressortir les nuages) et éclairci les verts.

 

 

2.7- Utiliser un calque de réglage courbe de transfert de dégradé.

C’est une méthode très originale (celle que j’ai trouvé dans un livre de Scott Kelby).

Le résultat est imprévisible et peu modulable (sauf à modifier le dégradé) mais souvent créatif et  intéressant avec un beau rendu.

On utilise une courbe de transfert de dégradé (calque de réglage « Courbe transfert de dégradé »). Pour cela on utilise un dégradé du noir au blanc ; quand on applique le transfert de dégradé cela va appliquer du noir, du gris, du blanc en fonction de la tonalité.

nab17.JPG

 

 

2.8- Utilisez le mode niveaux de gris :

A éviter absolument . J’en parle juste là pour vous expliquer pourquoi ne pas utiliser cette méthode.

On passe par le menu Image>mode>Niveau de gris .

Le modes indiquent les différentes couches composant l’image (3 couches dans le mode RVB, 4 dans le mode CMJN…)

Là nous passerons en « Niveaux de gris » sur une seule couche contenant des niveaux de gris.

L’image pèse bien moins lourd car il n’y a plus d’information rvb mais juste des niveaux de gris.

bab2.JPG

On obtient une image 8 bits par pixel soit 256 niveaux de gris (ou 16 bits  par pixels si on est en 16 bits par couche).  La formule de conversion de PS est de prendre 30% de la composante rouge, 60% de la composante verte, et 10% de la composante bleu et donc on ne peut pas intervenir sur les paramètres de la conversion.

C’est pas génial ; à éviter donc.

Toutes les autres méthodes de conversion en n&b conservent, elles, les couches initiales (3 si on est en RVB) et restent des images en 8 bits/couche ou 16 bits/couche.

2.9- Comparaison des méthodes.

Une méthode de conversion est elle plus « vraie » qu’une autre ?

Prenons 3 carrés de couleur bleu, rouge et vert avec en TSL la même luminosité  à 50% :

nabres0.JPG

Bien que leurs luminosités dans le mode TSL soient égales à 50% on a une impression subjective de luminosité croissante : le carré bleu est plus foncé que le rouge qui est plus foncé que le vert.

Passons cette image en N&B par différentes méthodes  et regardons si cette sensation de luminosité  à été conservée :

Voici la méthode de désaturation (avec un calque teinte/saturation) :

nabres1.JPG

La conversion parait mauvaise. Les trois gris sont similaires car la luminosité seule en TSL à été conservée.

 

Voici la méthode du calque gris (il pourrait être blanc ou noir) en mode couleur :nabres2.JPG

Les luminosités ressenties  ont été conservées.

 

Voici la méthode de passage en mode Lab avec conservation de la couche luminosité :

nabres6.JPG

L’image à été éclaircie et les luminosités « ressenties » ont été conservées. Mais la conversion en mode Lab et les traitements ne sont pas conseillés ni pratique.

 

Voici la méthode avec le calque de réglage noir et blanc (mélangeur de couche) :

nabres3.JPG

Avec les valeurs des curseurs du mélangeur de couche utilisées par défaut , la luminosité ressentie n’a pas été conservée. Mais cette méthode de calque de réglage noir et blanc est la seule (excepté le mélangeur de couche RVB peu utilisé) permettant de modifier la conversion de chaque couleur et de donner son interprétation. Par exemple ci-dessous on a modifié la position des curseurs :

nabres4.JPG

 

 

On pourrait penser (comme l’affirment certains) que la méthode du calque gris en mode couleur est la meilleure mais rappelons, comme on l’a dit X fois, qu’il n’y a pas de vérité, la conversion étant une interprétation non figée. La conservation de la luminosité des couleurs peut être une bonne chose parfois mais aussi un mauvaise chose dans d’autres circonstances. De plus cette méthode donne un rendu de conversion unique sans possibilité de le modifier.

Le Calque de réglage noir et blanc quant à lui permet toute les interprétations : même si par défaut il ne conserve pas complétement la luminosité ressentie, on peut rapidement régler le mélangeur de couche pour retrouver ce ressenti OU PAS, ou faire le contraire si on trouve que cela convient ou pas .

Dernière question : pourquoi toutes les méthodes ne donnent pas le même résultat ? Parce qu’en fonction des méthodes de conversion les tons qui sont conservés en N&B sont parfois la luminosité (au sens TSL), parfois la luminosité au sens Lab (c’est pas pareil), parfois la luminance (au sens Luminance/chrominance). De plus les développeurs ont fait des choix : avec le calque noir et blanc  par exemple  les curseurs sont à 40, 40, 20 ce qui entraine un certain niveau de gris pour chaque couleur mais rien n’empêche de jouer sur les curseurs. 

La conversion en mettant la saturation à zéro conserve la luminosité (au sens TSL), le calque couleur conserve la luminance (au sens Luminance/Chrominance).

Voici un tableau faisant la comparaison des principales méthodes :

On se rend compte que si pour les carrés rouge, vert, bleu très saturés le calque noir et blanc ne respecte pas l’impression de luminosité , quand le scouleurs sont moins saturées, le résultat n’est pas si mal.

Mais je le redis : le calque noir et blanc est le seul permettant de modifier la conversion et de donner son interprétation.

3- Le travail  des tonalités du noir et blanc.

Quand on passe une photo couleur en noir et blanc, bien souvent le manque de contraste saute aux yeux ; surtout avec la méthode utilisant la désaturation. Beaucoup de débutants font des photos « grisouilles » : en couleur la photo est correcte mais une fois les couleurs enlevées  on ne voit que des tons grisâtres.

On a vu l’importance des tons et des contrastes en N&B, il faut donc les soigner.

On modifiera donc avec soin la luminosité, les contrastes (qu’on augmentera souvent), les ombres , hautes lumières, blanc et noir.

Ci-dessous par exemple, l’image de gauche est grisâtre, le fait d’ajouter un calque de réglage courbe et d’appliquer une courbe en S augmente le contraste et améliore beaucoup le N&B (photo de droite).

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Réglage du point blanc et du point noir.

Dans une photo N&B  il doit y avoir du noir et du blanc. On veillera donc  particulièrement au point blanc et au point noir.  Voyons cela.

On va parler d’histogramme, si cela ne vous est pas familier allez voir Ici.

Voici une photo couleur qui est correcte :

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Après passage en noir et blanc elle est très grise :

nab43.JPG

Si on regarde l’histogramme on voit qu’il est typique d’une image grise : histogramme en dôme au centre (les gris) ; celui ci est loin des bords gauche et droit ce qui veut dire qu’il n’y a pas de vrais noirs ni de vrais blancs :

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La correction va consister à agir (ici dans Camera Raw dans l’onglet réglage de base) sur le curseur blanc (poussez le vers la droite) jusqu’à ce que l’histogramme touche le bord droit (qui correspond au blanc pur). On nomme cela « faire le point blanc ». De même on va agir sur le curseur noir et le pousser vers la gauche jusqu’à ce que l’histogramme touche le bord gauche. On nomme cela « faire le point noir ».

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Ainsi l’histogramme va du blanc pur au noir pur et la photo n’est plus grise. Ceci est très important sur les photos N&B.

Si on appuie sur ALT en même temps qu’on déplace le curseur blanc on voit un écran noir ou ce qui est cramé (blanc pur) apparait en blanc. On accepte quelques zones cramés en N&B. Idem pour le curseur noir ou on voit apparaitre les zones bouchées (noir pur). Là aussi on accepte des petites zones bouchées.

Le N&B contrairement à la couleur accepte les tons extrêmes sans problème et même du cramé ou du bouché. 

Dans Camera Raw et PS , on peut aussi utiliser les courbes ; pour faire le point blanc on déplace l’extrémité supérieure de la droite horizontalement vers la gauche jusqu’à quelle soit au niveau de l’extrémité droite de l’histogramme.

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Idem pour le point noir.

Dans PS on peut aussi utiliser un calque de réglage Niveaux et déplacer les curseurs blanc et noir pour les mettre aux extrémités de l’histogramme.

nab47.JPG

En plus dans ce calque niveaux il est possible de modifier le point gris (curseur au centre) afin de déplacer le gris 50% et ainsi l’éclaircir ou assombrir l’image.

La méthode du point blanc et du point noir à l’aide des courbes et des niveaux préserve beaucoup mieux les gris et leur texture ;  elle est à privilégier.

 

Le « cut ».

A l’inverse il y a actuellement une habitude (une mode) qui est de casser les noirs (faire un « cut ») ; en effet certains photographes trouvent la photo numérique trop « propre » et préfèrent un rendu « film ». Voici la manière de casser les noirs sur une photo avec une courbe :

nab48.JPG

On relève le point inférieur de la courbe sur l’axe vertical.

Il existe aussi un cut des blancs peu utilisé.

 

Il est parfois aussi nécessaire de travailler les tons au niveau local pour éclaircir ou assombrir  certaines zones ce qui favorise les contrastes, la sensation de relief. On utilisera le pinceau dans Camera Raw ou le Dodge and burn dans Photoshop.

On rappelle que les contrastes fort ou très forts vont bien dans une image N&B.

Enfin le pinceau dans Camera Raw peut permettre de noircir des zones afin, comme dans l’exemple ci dessous, de ne faire sortir du noir qu’une partie de l’image. Cela correspondant bien à ces traitements extrêmes avec même des zones bouchées. Cela passe en N&B alors que cela ne serait pas acceptable en couleur :

nab49.JPG

 

4- Les effets créatifs.

En noir et blanc une légère augmentation de la « Clarté » , de la « Correction du voile » dans le filtre camera Raw passe bien ainsi que l’amélioration de la netteté. L’utilisation du filtre passe-haut peut améliorer considérablement le rendu.

Enfin de Dodge and Burn prend toute son importance en N&B ( voir Ici et )

Filtres couleur :

On peut aussi ajouter un calque de réglage « filtre photo » sous le calque de réglage noir et blanc ; Les filtres couleurs dans les paramètres prédéfinis du panneau noir et blanc de PS peuvent aussi être utilisés pour modifier le rendu .

Ajouter un filtre couleur ; orange par exemple va éclaircir la peau et assombrir le ciel. C’est une méthode utilisée en argentique.

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On se souvient qu’un filtre de couleur éclaircit le gris correspondant à la couleur du filtre et assombrit la couleur complémentaire.

Le Sépia :

C’est un aspect très vintage.

Dans PS , sur le panneau noir et blanc cocher « Teinte » puis cliquez sur le carré de couleur, cela ouvrira le sélecteur de couleur permettant de choisir la coloration sépia (ou une autre couleur comme le bleu qui va bien aussi).

nab16_sepia.JPG

Il est aussi possible d’ajouter au dessus du calque de réglage N&B un calque de réglage « Filtre photo »  et de choisir le filtre Sépia.

nab34.JPG

Enfin il est possible d’ajouter au dessus du N&B un calque vide qu’on remplira de beige, qu’on passera en mode lumière tamisée ; il faut diminuer l’opacité.

nab35.JPG

Dans Camera Raw (ou LR) , on peut utiliser le virage partiel pour faire du sepia. (voir Ici)

 

Ajout de grain.

On simule le grain des films argentiques qui apparait à iso élevé.

nab40.JPG

 

Dans PS on ajoute un calque vide qu’on remplit de gris puis Filtre>Bruit>Ajout de bruit.

Cocher Monochromatique, doser le bruit puis Ok.  Passer le mode en « incrustation ». C’est mieux sur un calque dynamique. Régler l’opacité.

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Avec le filtre Camera Raw c’est plus facile et puissant : L’onglet « Effets » permet d’ajouter du grain et surtout de modifier les caractéristiques de ce grain :

grain2.JPG

 

Vignettage.

Il s’agit d’un contour (blanc ou noir ) entourant l’image,

nab41.JPG

Si le contour blanc n’est pas très apprécié par les photographes, le vignetage noir est des plus plaisant et dirige le regard vers le centre.

Le plus simple est, là aussi, d’utiliser le filtre Camera Raw (ou LR) et d’aller dans l’onglet Effets  (voir Ici pour les détails):

vignetage7.JPG

 

Désaturation partielle.

Son principe consiste à, sur une image N&B, conserver de la couleur sur un seul élément de la photo afin d’attirer le regard sur cet élément. En général les photographes n’aiment pas ce traitement qu’ils trouvent  de mauvais gout et très kitch. Le grand public et les enfants aiment bien.

Pour ma part j’apprécie quelques désaturations partielles subtiles et bien faites ce qui est rare.

La méthode dans PS : ajouter à l’image couleur un calque noir et blanc. Dans le masque de fusion de ce calque de réglage peindre en noir les zones qu’on veut recolorer :

nab37.JPG

Dans Camera Raw (ou LR) sur l’image en couleur, passez dans l’onglet TSL mettre tous les curseurs saturation complètement à gauche : l’image devient N&B. Prendre le pinceau mettre la saturation à fond à droite et peindre les zones à recolorer.

nab38.JPG

 

Colorisation de photo noir et blanc.

Là aussi c’est un aspect un peu vintage comme ces photos à l’époque du noir et blanc qu’on coloriait au pinceau.

On ajoute au dessus un calque vide qu’on passe en mode couleur et on peint sur ce calque avec un pinceau de couleur :

mode_couleur.JPG

 

 

5- Les rendus prédéfinis et ceux des films argentiques.

les presets.

On les trouve dans Camera Raw et LR ; ils sont dans l’onglet Paramètres prédéfinis.

nab21_profil.JPG

Ce sont des réglages (des réglages de base, TSL, virage partiel… ) qui sont enregistrés.

Camera Raw vous en propose pour le N&B pour directement obtenir un fort contraste ou un ton sépia par exemple.

 

 

les profils.

On les trouve dans Camera Raw (et LR)  Ils donnent un rendu colorimétrique et sur les tonalités. Ils peuvent contenir des tables de correspondance de couleurs, des tables LUT et même des réglages. Pour plus de détails lire l’excellent tuto de Jean-Pascal Ici.

Dans l’onglet réglage de base de Camera Raw cliquez sur l’icône à droite du profil pour parcourir les profils.

nab20_profil.JPG

nab19_profil.JPG

Il y a là aussi des profils N&B.

Il est possible de créer ses propres profils.

L’inconvénient des profils N&B est qu’ils font la conversion couleurs >gris et que c’est irrémédiable. On ne peut qu’agir sur les tons (contraste, ombre.. point blanc et noir). Ils font aussi la même conversion pour toutes les photos.
La conversion « à la main » par le bouton N&B et mélangeur de couche (éventuellement enregistré sous forme de preset) à l’avantage de permettre la maitrise totale des choix de conversion couleur.

 

Silver Efex Pro de la suite Nik Collection

Silver Efex Pro fait partie de la suite Nik Collection cette suite était payante puis a été un temps gratuite. Elle a été rachetée par DXO et est de nouveau payante.

On  trouve encore la version gratuite (et légale) et on peut la télécharger  Ici .

Après installation on la retrouve dans PS et LR sous forme de plugin.

Clic droit sur la photo dans LR puis Modifier dans > Silver Efex Pro 2

nab23_sylver1.JPG

Dans PS je crois qu’on la retrouve dans les filtres.

Une fois dans Silver Efex Pro vous êtes en TIFF  (pas en Raw).

Dans la colonne de gauche cliquez sur « Types » en haut à gauche  et vous verrez apparaitre  une liste des différents rendus de N&B proposés.

nab23_sylver2.JPG

 

Mais vous pouvez décider votre propre rendu N&B avec la colonne de droite :

nab24_sylver3.JPG

En haut se trouvent les réglages habituels : Luminosité, Contraste, Structure (équivalent de la clarté).

Dessous les réglages sélectifs avec les « U points » ou point de contrôle permettant des corrections localisées.

Dessous encore, les filtres couleur.

Tout en bas les « Réglages de finition » : Virage (pour appliquer une teinte, permettant de faire de beaux sépias ), Vignettage, Bords brulés, Contour d’image (pour faire des cadres).

nab24_sylver4.JPG

Juste au dessus il y a l’onglet « Types de film » permettant de simuler les rendus des films argentiques ; on déroule la liste et on choisit un film.

nab26_sylver5.JPG

Ces réglages étant fait grâce à cette colonne de droite, on peut les enregistrer sous forme d’un nouveau « type » en cliquant sur le bouton « + » de l’onglet « Personnalisé » en bas à gauche. Il y a dessous un onglet « Importé » permettant d’importer des types et aussi de les exporter.

 

 

6- Un exemple de traitement : le rendu Ansel Adams (et le zone system).

Il existe plusieurs méthodes permettant de simuler le rendu des N&B d’Ansel Adams.

Voici celle utilisant le mélangeur de couche RVB.

La photo couleur de départ :

anseladams1.JPG

 

Ajouter un calque de réglage « Mélangeur de couche RVB »   et  régler les curseurs à  R=+140, V=+160, B= –  200), cocher « Monochrome ».

 

anseladams3.JPG

Le rendu est très intéressante et très différent des autres méthodes de passage en N&B :
anseladams2.JPG

Il faut ensuite augmenter le contraste avec un calque de réglage courbes (et faire une courbe en S).

 

 

 

Le zone system (en cours d’écriture).

 

Philippe LASSERRE  janvier 2019.

 

Pour marque-pages : Permaliens.

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